
C’est reparti pour la Route du Rhum et le monocoque « Jeunes Dirigeants », skippé par Pierre-Yves Guennec. Mais comment faire aussi bien qu’en 2006 où Pierre-Yves était arrivé second de sa catégorie, avec tout le mouvement derrière lui ? C’est la question que s’est posée le comité de pilotage de cette route 2010. Et à laquelle répond son responsable, Jean-Michel Lehembre.
Dirigeant : L’opération Route du Rhum 2006 a été un succès. Quel bilan en avez-vous tiré ?
Jean-Michel Lehembre : Je crois que tous les JD qui ont participé au départ à Saint-Malo, en 2006, s’en souviennent comme d’un moment extraordinaire. Le baptême du bateau par Jacqueline Tabarly, notamment, a été très émouvant. Nous étions tous au bord du quai à écouter les chants de marins. Personne ne voulait partir. C’était un peu le couronnement d’une opération qui n’avait pas été simple à mettre en place, mais qui a abouti à ce que ce bateau existe et réussisse, par la suite, une très belle performance dans la course. Nous avons tous été fiers de participer à cette réussite qui a montré la capacité du CJD d’adhérer à une vision et de coopérer concrètement à la construction du bateau.
D. : C’est ce qui vous a poussé à reconduire l’opération en 2010 ?
J.-M. L. : Oui, ça nous a paru évident. Nous avions la structure - l’association Inno’vent -, le bateau Jeunes Dirigeants et le skipper, Pierre-Yves Guennec qui est un homme formidable. Comment ne pas continuer cette aventure avec lui ? Mais aussi, comment la continuer ?
Nous avons d’abord constitué un nouveau comité de pilotage de 12 membres en faisant appel aux JD volontaires. Puis, il nous a fallu un an pour nous approprier le projet et créer une nouvelle cohésion d’équipe. Et c’est là que nous avons commencé à nous poser des questions. Nous nous trouvions devant la difficulté, d’une part, de dupliquer le succès et, d’autre part, d’entraîner une seconde fois le mouvement dans un projet dont on ne pouvait garantir qu’il réussisse aussi bien. On sait bien que les recettes d’hier ne sont pas forcément celles qui vont marcher demain.
D. : Quelle a été votre démarche ?
J.-M. L. : Avec Alain Asquin, Maître de conférence à Lyon 3, et qui nous avait déjà accompagnés sur la première Route, nous avons eu l’idée de faire participer ses étudiants en entrepreneuriat. Nous avons travaillé avec eux et nous avons constaté une certaine réticence de leur part. Ils n’adhéraient pas au projet, ils ne voyaient l’intérêt de recommencer la même opération et de courir le risque de décevoir. En même temps, ils étaient intéressés, ils ne voulaient pas abandonner. C’est de cette confrontation qu’est venue l’idée de se « ré-inventer »[1]. Une fois trouvé, ce concept – « ré-invente-toi » - a tout de suite fait tilt, tant chez les étudiants qu’au sein du comité de pilotage. La stratégie, le plan d’action, les tableaux de bord en ont immédiatement découlé. Le seul moyen de repartir sur cette Route du Rhum avec la même adrénaline que sur l'édition 2006, c’était bien de se ré-inventer.
Ce concept, découvert pour le bateau, est évidemment applicable à l’entreprise, surtout dans le contexte actuel de crise. Il est urgent d’avoir des idées nouvelles, de raisonner autrement si nous voulons renouveler nos entreprises.
D. : Mais justement, comment les JD peuvent-ils se ré-inventer en participant à la Route du Rhum 2010 ? Qu’est-ce que ça peut leur apporter ?
J.-M. L. : Pour l’entreprise qui s’engage, c’est un formidable outil de cohésion interne, d’autant plus efficace qu’il est décalé, c’est-à-dire qu’il est hors des habitudes professionnelles. C’est une aventure collective qui permet souvent de découvrir les valeurs et les compétences des collaborateurs qui s’y impliquent. Et c’est un projet qui prend tout son sens si on associe tout le monde. Pour les entreprises JD, la Route du Rhum peut être leur « pont de Millau » : chacun y trouve une fierté d’appartenance.
A titre personnel, c’est l’occasion pour les JD de vivre une expérience forte, d’acquérir de nouvelles compétences, de nouvelles idées et de se rappeler qu’être chef d’entreprise, c’est vraiment un métier passionnant. Ça permet aussi de montrer aux dirigeants, surtout à ceux qui ont réussi et qui s’épuisent, s’ennuient, ne trouvent plus de sens à ce qu’ils font, qu’on peut toujours aller de l’avant et se ré-inventer !
[1] La participation des étudiants au projet Route du Rhum fera l’objet d’un prochain article sur Dirigeant.fr.

Décide de vouloir ce qui arrive, et tu seras heureux







