Septembre 2014
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Le SDAEC : cultiver l’égalité

Sylvie Le Clec’h Ropers et Jean-Yves Milbeau – Président du SDAEC
Sylvie Le Clec’h Ropers dirige, depuis plus de 10 ans, le SDAEC, Service D’Aide en Élevage et Culture, un Groupement d’Employeurs spécialisé dans le remplacement en agriculture dans 3 départements : les Côtes-d'Armor, le Finistère et l’Ille-et-Vilaine. Une activité originale qui prend tout sens dans une région agricole comme la Bretagne. Aujourd’hui, son crédo est d’offrir un service de haute qualité aux agriculteurs tout en donnant sa chance à tous, hommes et femmes, en se fondant uniquement sur la compétence. Une belle leçon de diversité.

Avant d’intégrer cette structure associative, d’abord à un poste de responsable RH, Sylvie Le Clec’h Ropers travaillait dans le monde de l’insertion professionnelle. Sa connaissance de l’insertion et de la diversité des profils dans des bassins d’emplois en tension a été déterminante pour son évolution au sein du SDAEC. A son arrivée, la structure rencontrait une situation de crise, et c’est à la fois par la force des choses - le départ du directeur de l’époque - et par son tempérament de leader qu’elle a progressivement pris des responsabilités avant d’être officiellement nommée directrice de la structure en 2000. Cette nomination a eu lieu un 8 mars, journée de la Femme, un heureux hasard pour cette féministe, au sens positif du terme : une femme impliquée, menant de front sa vie de dirigeante, dans un milieu à dominante masculine, et de mère de famille. En plus d’être membre du CJD depuis plus de 10 ans, Sylvie Le Clec’h Ropers est d’ailleurs également engagée au sein de l’association bretonne Par’elles, qui réunit des femmes ayant des responsabilités dans les secteurs public et privé en Côtes-d’Armor.

Un service indispensable

Né en 1977 à l’initiative d’une coopérative laitière, le SDAEC propose un service méconnu du grand public, mais indispensable pour un métier aussi exigeant que celui d’agriculteur. En effet, le groupement d’employeurs offre à ses 5500 adhérents sur près de 3400 exploitations agricoles, un service pour les remplacer, en cas d’absence programmée (congés annuels, congés maternité, formation, etc.) ou en cas d’imprévus tels une maladie ou un accident. L’objectif est clair : assurer la continuité de l’activité agricole.

Comment cela fonctionne-t-il ? Les exploitants règlent une cotisation annuelle et peuvent ensuite bénéficier de personnel qualifié pour les remplacer, et ce, dès le jour même de l’expression du besoin ou au plus tard le lendemain. La plupart des remplacements se font pour des motifs personnels, seuls 20 % correspondent à un surcroît d’activité. Sylvie Le Clec’h Ropers est consciente de la difficulté de son métier : « Un des challenges réside dans la qualité du placement : proposer la bonne personne au bon endroit, faire coïncider les compétences avec les besoins, le tout dans un laps de temps très court. » Autant dire que la réactivité, la rigueur et une organisation sans faille sont les maîtres mots du SDAEC.

Un métier en tension

La pérennité de l’activité repose évidemment sur l’humain : la compétence, la qualité de la relation et la gestion des ressources humaines au sens large du terme. Le SDAEC dispose de 14 salariés permanents et près de 190 salariés équivalents temps plein pour l’activité de remplacement. Afin d’éviter de générer des situations précaires, les salariés placés bénéficient d‘une annualisation du temps de travail et d’un accord sur les 35 h. « Les métiers agricoles sont aujourd’hui en tension de main-d’œuvre. Désormais, au sein des écoles qui forment les agriculteurs de demain, seule la moitié des élèves est issue du monde agricole : on passe ainsi d’une main-d'œuvre historique familiale non rémunérée, à une population rémunérée qui n’a pas forcément les mêmes mentalités, ni les mêmes attentes »,explique Sylvie Le Clec’h Ropers. Pour assurer un remplacement efficace, le SDAEC recrute toutes sortes de profils : des jeunes issus de ces écoles, mais aussi des moins jeunes, parfois des retraités et des anciens exploitants. Et aussi, depuis quelques années, des femmes.

La diversité pas à pas

Aujourd’hui, celles-ci représentent 10 à 12 % des effectifs placés, quand il y a encore quelques années, il n’y en avait tout simplement aucune. Pourtant historiquement, les femmes étaient présentes sur les exploitations et assumaient des rôles précis et essentiels à la bonne marche des activités agricoles. Le SDAEC a féminisé progressivement ses offres, et les adhérents, souvent inquiets et peu à l’aise de prime abord avec leurs remplaçantes féminines, reconnaissent peu à peu le bien-fondé de cette démarche d’ouverture. De plus en plus, le métier d’agriculteur s’ouvre aux femmes, aussi bien formées et aussi compétentes que leurs collègues masculins. « En féminisant le métier, j’ai dû faire face à de nombreuses résistances, mais quelle satisfaction d’aller à l’encontre des préjugés et de les voir disparaître peu à peu. Et en allant jusqu’au bout, j’ai pu concrètement mettre œuvre mes valeurs », dit Sylvie Le Clec’h Ropers. Sur cette lancée, en 2008, l’organisation signe avec l’État le 1er contrat d’égalité professionnelle au sein du monde agricole en France.

Une démarche volontaire et coordonnée

L’année 2008 a été un tournant, avec la signature de ce contrat pour 3 ans et une réorganisation de la structure. Cela a aussi permis la formalisation d’une Charte des valeurs de l’entreprise. Une véritable politique diversité a été mise en œuvre par Sylvie Le Clec’h Ropers : un diagnostic a été effectué au sein de l’organisation, un comité de pilotage constitué et une campagne de sensibilisation lancée. Surtout, un plan d’action a été défini avec des formations animées par un juriste, ainsi que des groupes de paroles composés d’administratrices et d’agricultrices, afin de leur permettre de s’exprimer sur leurs vécus et leurs difficultés, et de partager les trucs et astuces qui leur permettent de bien vivre leur métier. A partir de ces échanges, un guide a été édité en partenariat avec l’ARACT et la médecine du travail. Véritable boîte à outils, il prodigue de nombreux conseils aux salariées et salariés présents et en devenir.

Sylvie Le Clec’h Ropers tient à préciser « ce n’est pas le féminisme que je mets en place dans l’entreprise, c’est le droit à l’égalité, c’est la loi ». Et enfin, de rappeler que « l’égalité est un vrai facteur de cohésion sociale interne, et surtout un levier de la Performance globale de l’entreprise ». Un premier pas vers l’égalité, sur un chemin encore long, mais qu’on lui souhaite tout aussi passionnant !


Gaëlle Brière
Le 20-02-2012
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