
Après un Bac C obtenu à Yaoundé, une prépa à Bordeaux, l’École Centrale de Lille, une première expérience de sept ans chez GTME, filiale de la Lyonnaise des Eaux, Isaac complète sa formation technoscientifique par un troisième cycle de Gestion (CAAE) à l’IAE de Paris. L’ingénieur se découvre alors des velléités entrepreneuriales. Pendant 5 ans, Isaac dirige les filiales en difficulté de la branche électricité du groupe Fayat, puis rejoint TX COM, une entreprise qui fabrique des lecteurs de code-barre, avec l’ambition d’entrer rapidement au capital. Espoir déçu. Pendant un mois, il se forme intensivement au Centre de Reprise des Affaires (CRA). Isaac affirme alors clairement ses ambitions.
Après avoir étudié deux pistes de reprises, la plus intéressante le menant vers une opulente société havraise, c’est parce que sa femme le préfère qu’il se rabat finalement sur une entreprise située en Pays de Vaucluse. « Pour des raisons familiales, j’ai renoncé à une entreprise en or. Mais le plus important, c’est la famille ». Isaac rachète ainsi 85 % des parts de la société SUCHANEK, alors composée de treize salariés. « Quand j’ai rencontré le vendeur en lui demandant de rester au capital, mais de manière minoritaire, cela lui a paru un peu bizarre. Pour moi, il était essentiel que celui-ci me présente aux clients comme son associé plutôt que comme le repreneur de son entreprise ». Le vendeur ne regrettera pas d’être resté au capital, puisqu’il verra, quelques années plus tard, ses parts reprises par Isaac avec une belle valorisation.
Car pour Isaac, la mission du chef d’entreprise tient en un seul mot : rassurer.Rassurer les banquiers, les collaborateurs, mais aussi et surtout les clients. « Quand celui qui vend sa boîte confie à un ancien client qu’il a vendu à un imbécile, c’est quasiment irrattrapable. Il est donc primordial de veiller à la qualité de la relation cédant – repreneur. Le cédant doit être force de recommandation, le premier VRP de l’entreprise auprès des clients qu’il connaît et qui lui font confiance. Pour ma part, je formais un vrai tandem avec mon prédécesseur. J’ai appris de lui tout l’aspect technique du métier de l’entreprise ».
En 2008, alors qu’il reprend la société MARTIN (huit salariés), Isaac se lance dans Copernic, le programme de professionnalisation au métier de dirigeant-entrepreneur élaboré par le CJD pour ses adhérents. « J’y ai compris que la vraie richesse n’était pas ce qui est tangible, que la richesse n’était pas constituée par les bâtiments ou le compte en banque de l’entreprise, mais par les compétences des salariés et la qualité de leurs interactions ». Lorsqu’il formalisera son projet à l’issu de ce parcours, il dessinera les contours d’une entreprise qu’il souhaite « intergénérationnelle »,où chaque génération s’appuie sur les précédentes pour aller chercher ce qui lui manque : conseils, bonnes pratiques, expériences…
Très concrètement, Isaac recrute trois personnes de 60 ans et plus. « J’ai recruté un homme de 64 ans que beaucoup d’entreprises jugeaient trop vieux, ou trop cher. Compte tenu de sa motivation et de son apport à la société, c’est un choix que je ne regrette pas ». Isaac intègre également un ancien chef d’entreprise de 61 ans, dont la spécialisation en automatisme et contrôle commande lui permet d’encadrer une équipe et de former les salariés à ces techniques. « Grâce à lui notamment, l’entreprise est aujourd’hui capable par exemple de piloter les machines d’une usine de feta en Grèce ».
Ses projets actuels ? Développer toujours plus le sens du service ; rassurer toujours plus. « Nous vendons de la satisfaction au client et il faut l’affirmer davantage ». Impliqué en interne, Isaac l’est également beaucoup vers l’externe. Président du CJD Vaucluse, à l’origine de la création du CJD Cameroun, Isaac accompagne actuellement trois personnes dans la reprise d’entreprise. Toujours cette volonté de transmettre, qui se traduit par une aide à la fois technique et capitalistique. « Dans une reprise, j’entre au capital soit majoritairement, et la personne que j’accompagne devient dirigeant salarié, soit minoritairement ». Décidément, le lion du Cameroun qui a faim d’entreprendre n’a pas fini de rugir !
Les chiffres
Sas SUCHANEK : 23
salariés ; 2M€ de CA
Sarl MARTIN : 8
salariés ; 700K€ de CA
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La politique est le premier des arts et le dernier des métiers.







