
« Faire l'Europe, ce n'est pas coaliser des États, c'est unir des hommes.
»
Jean Monnet, 30-04-1952.
Unir des hommes, nous ne pouvions que souscrire à cet objectif. Le but essentiel du C.J.P. n'a-t-il pas toujours été de dégager une voie humaine à la construction économique et sociale ? C'est une des raisons pour lesquelles il a adhéré immédiatement et sans réserve aux idées lancées par les pionniers de l'Europe.
Les Jeunes Patrons ont toujours estimé que la promotion des hommes suppose une expansion économique certaine, rapide et continue, exempte d'à-coups sanglants. Son support nécessaire est une paix définitive, d'abord en Europe et par ce moyen, peut-être, dans le monde. C'est par cette voie que les préoccupations économiques des chefs d'entreprise débouchent dans le domaine civique.
Pour le développement de la construction européenne, de nombreux moyens existent. Les «économiques » considèrent qu'ils ont la garde de ces moyens et, en l'absence d'instruments encore plus efficaces -à imaginer - ils doivent veiller à ce que ceux dont ils disposent ne leur soient pas retirés.
Les « économiques » sont également convaincus que les actions pour l'intégration européenne ne pourront aboutir utilement que si elles reposent sur des politiques communes cohérentes entre elles et conformes aux objectifs définis par les traités et notamment celui qui a institué la Communauté Économique Européenne.
C'est le succès de ces politiques communes qui est la meilleure chance de l'Europe unie, diversifiée et solidaire de demain.
Les actions de toutes les institutions européennes ont progressivement conduit à des orientations communes qui devraient interdire le retour des particularismes sous quelque forme que ce soit. C'était le but visé par les articles du Traité de Rome instituant la libre circulation des hommes, des services et des capitaux.
Tant que ce but n'est pas entièrement atteint, l'institution de politiques économiques communes veillant à l'équilibre économique des pays membres, le rapprochement des législations des pays membres, devraient être autant de signes d'une volonté d'harmonisation du développement économique européen.
Il est normal que, dans les décisions pour la construction de l'Europe, il soit tenu compte, à la fois des objectifs européens et des intérêts nationaux. Mais cela devrait justifier l'utilité du dialogue entre les hommes, les uns faisant valoir l'intérêt européen et les autres les intérêts des pays membres dans la perspective de l'existence progressive de l'Europe. Cet échange permanent entre des hommes poursuivant des fins identiques, même s'ils défendent des positions placées à des niveaux différents fait toute la richesse de l'Europe. Il faut faire en sorte qu'il ne soit pas interrompu.
L'esprit du Traité doit être incarné par tous les responsables, à tous les niveaux, quels que soient les obstacles opposés par l'inertie des structures anciennes ou les « accidents » de la conjoncture.
Mais il est bon de rappeler que le Traité de Rome ne poursuit pas qu'un but économique : son but final est politique. Comme le disait déjà Robert Schumann dans sa déclaration du 9 mai 1950 : « En se faisant le champion d'une Europe unie, la France a toujours eu pour objet essentiel de servir la paix ».
Si les « économiques » doivent aujourd'hui prendre le relais de cette construction européenne que les militaires ni les diplomates n'ont pu mener à bien, encore faut-il qu'ils ne soient pas contrariés dans cette nouvelle entreprise par des décisions qui brisent leurs espérances.
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La politique est le premier des arts et le dernier des métiers.







