Février 2012
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Epictète

Olivier Ferrand : "Investir dans l'avenir"
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Entretien avec le fondateur du think tank "Terra Nova"

Dirigeant : Il y a un an, vous avez créé le think tank « Terra Nova ». Dans quelle intention ?
Olivier Ferrand : Terra Nova se fixe comme ambition de contribuer à la rénovation intellectuelle de la gauche en France et en Europe. L’idée du think tank est venue après la défaite de Ségolène  Royale aux élections présidentielles. Ces élections ont été perdues parce que la gauche n’avait pas
de projet. Le programme de Sarkozy était plus en résonance avec la société. On a aujourd’hui besoin d’espaces intellectuels plus structurés, car le monde est rapide et mouvant. Ainsi, Terra

Nova a voulu occuper cet espace. Sa création s’est inspirée de l’histoire des thinks tanks américains qui ont la particularité d’aborder de façon très professionnelle la réflexion intellectuelle.

D. : Comment fonctionne l’association ?

O. F. : Terra Nova possède un Conseil scientifique réunissant des universitaires,des membres d’associations, des chefsd’entreprise. Les personnalités qui lecomposent sont françaises, mais aussiétrangères, comme Anthony Giddens et Amartya Sen. Terra Nova peut compter sur un réseau de cinq cents experts venant du public, mais aussi du privé. Un de nos objectifs est d’ailleurs d’ouvrir

la boîte noire du monde de l’entreprise  qui reste inconnue des hommes politiques  dont la culture  est plutôt administrative.


D. : Vous êtes aussi un des rapporteurs de la commission Juppé-Rocard sur le grand emprunt ? Quel enseignement tirez-vous de cette expérience ?

O. F. : La commission a réalisé trois cents auditions. Il en ressort deux choses. D’abord que la  France est en retard. Elle est en état de sous-investissement structurel. Depuis trente ans, la montée de la contrainte des finances publiques a eu pour conséquence l’asphyxie progressive des investissements d’avenir. Quand on regarde les chiffres du budget de l’État, ce sous-investissement est très spectaculaire. 10 à 12 milliards seulement sont consacrés aux investissements d’avenir, sur un total de 280 milliards d’euros. Certes l’investissement privé et l’investissement des collectivités locales ont un peu pris le relais. Mais on est loin du compte. Toutefois, on peut essayer d’être optimiste. Consacrer un à deux points de PIB à l’investissement d’avenir par an n’est pas  inaccessible. Cela représente 20 à 40 milliards d’euros. Le vrai enjeu est de pouvoir répéter l’exercice chaque année. Cela implique de desserrer la contrainte de l’argent public, d’arrêter de dilapider l’argent pour des financements de clientèles dont l’usage économique et social est faible. Le principe de réalité aujourd’hui est de viser le long terme, d’appliquer une règle contraignante pour flécher obligatoirement les financements publics vers l’investissement d’avenir. Tel est le sens de "l’emprunt national".

D. : Quelles sont les priorités de cet investissement d’avenir ?

O. F. : Deux moteurs de croissance ont été mis en évidence. Premièrement, l’économie de la connaissance, ce  qu’on appelle communément « la stratégie de Lisbonne », identifiée dès 2000. Elle met l’accent sur l’université, la recherche, l’innovation, les PME innovantes. Force est de constater qu’on n’a rien fait depuis. Le deuxième moteur est celui de la « croissance verte ». L’ensemble forme un nouveau modèle de développement durable, qui tient compte de l’épuisement des ressources naturelles et de la finitude de notre globe. Notre mission fut de prendre un recul suffisant pour voir apparaître les lignes de force des projets de recherche et de développement nécessaires.
Mais notre fonction n’est pas de sortir les chèques et d’organiser la Star Academy des projets du pays pour au final tirer du chapeau des « Winners ». Ce rôle n’est même pas celui de l’État. Cette conception jacobine de la politique industrielle à l’ancienne, tombant d’en haut, n’est plus de mise.
Quand on fait de tels plans, neuf fois sur dix, on se « plante ». Le fameux Plan Calcul en a été l’illustration.



D. : Quelle est votre ambition personnelle ?
O. F. :
Elle est simple: si dans quelques années, on dit de l’association Terra Nova qu’elle a réussi à renouveler le patrimoine intellectuel de la gauche et qu’elle a permis de faire émerger une doctrine avec des idées nouvelles, alors j’en serais fier.

Yan de Kerorguen
Le 28-01-2010
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