
Originaire du Canada, le théâtre d’entreprise s’est installé depuis 1988 en France. Avec succès, au vu du nombre de troupes présentes sur ce marché. Deux éléments concourent à faire la force du théâtre : la mimesis (« imitation des hommes en action », représentation « au moyen d’une action »,pour reprendre les mots d’Aristote dans La Poétique) et la catharsis (phénomène de libération à caractère émotionnel résultant de l'extériorisation d'affects). Ces deux caractéristiques, appliquées dans le champ professionnel par le biais de l’art théâtral sur des situations souvent à forts enjeux, fondent la pertinence du théâtre d’entreprise. Mais une fois l’effet de l’originalité envolé, une fois la mode managériale dépassée, que reste-t-il vraiment du théâtre d’entreprise ? Un vecteur de sensibilisation un brin caricatural où l’on s’autorise à expérimenter des comportements alternatifs, … c’est déjà bien. Une bonne purge émotionnelle, où l’ « acteur-stagiaire » met à distance ses sentiments tout en les éprouvant intensément, … c’est déjà beaucoup.
Il n’est pas question de remettre en cause la force du théâtre d’entreprise. Là où le doute peut naître, c’est sur sa capacité à impacter durablement les pratiques du stagiaire. Le théâtre d’entreprise permet d’initier le changement, mais dans quelle mesure peut-il profondément remettre en cause les pratiques managériales du stagiaire. Car au-delà de la technique théâtrale, quelle connaissance de l’entreprise les comédiens-formateurs possèdent-ils pour former avec pertinence ? N’est-on pas trop centré sur la méthode, et pas assez sur les contenus pédagogiques ? Une interrogation sur les compétences qui peut faire hésiter certains à expérimenter les techniques que le théâtre offre comme outils de développement personnel.
DOUBLEMENT PROFESSIONNEL
Ces réserves, la démarche de Scène Expériences permet de les dissiper. Parmi les 80 comédiens de l’entreprise qui interviennent en entreprises, plus des trois quarts sont issus de Grandes Écoles de Commerce ou d’Ingénieurs (HEC, Polytechnique, Centrale...). Ces passionnés de théâtre, pour la plupart d’entre eux, ont décidé de devenir comédiens professionnels après leurs études et quelques années d’expérience en entreprise. Scène Expériences leur permet ainsi de relier leur fibre de l’entreprise avec leur passion pour le théâtre. Aude l’affirme : « Nos intervenants ont l’énergie du comédien, en même temps que la pertinence de débriefing du professionnel ».
Chez Scène Expériences, pas de diaporamas PowerPoint, mais des jeux de rôles et des exercices d’improvisation. « On ne fait que de la mise en pratique. L’outil proposé ne jaillit que de l’expérimentation. Le théorique vient toujours après le pratique ». Ainsi, l’entreprise propose par exemple de former des managers à la méthode de négociation raisonnée de Harvard. Un professeur apporte la partie liée à la préparation ; un comédien de Scène Expériences intervient sur la partie purement comportementale. De quoi aguerrir les stagiaires qui vivent en simulé les prochaines situations auxquelles ils seront confrontés. Négociation, efficacité commerciale, prise de parole en public, cohésion d’équipe… autant de cordes à l’arc de Scène Expériences. « Nous sommes les spécialistes du storytelling, l’art de raconter des histoires au service du leadership ».
UN PONT ENTRE DEUX RIVES
La confrontation du théâtre et de l’entreprise permet la rencontre de deux cultures professionnelles différentes, avec des valeurs et une finalité différentes. Pas grand-chose a priori de commun entre saltimbanques et managers, entre gens « de théâtre » et gens « d’entreprise », entre la recherche esthétique et la recherche du profit. Si loin et pourtant si proche… car le parcours d’Aude est la brillante illustration de l’interpénétration de ces deux mondes. Ce que nous apprend la démarche de Scène Expériences et, de manière plus incarnée encore, le parcours d’Aude, c’est qu’il faut se garder de penser avec la conjonction « ou »,qui exclue, isole et enferme pour lui préférer le « et », qui unit, nourrit et féconde. Gens de théâtre ET gens d’entreprise. « Chez nous, les comédiens sont dans une famille. Ils sont entre semblables, entre gens qui possèdent la double culture théâtrale et entrepreneuriale ».
Une leçon qui nous amène à nous méfier des étiquettes que chacun d’entre nous a une fâcheuse tendance à coller sur les autres pour les qualifier et se les représenter. Étiquette que nous posons sur les autres, mais aussi, bien souvent, sur nous-mêmes. Ces étiquettes fixent nos identités et nous limitent. Scène Expériences, en jetant un pont entre deux rives, rend possible cet enrichissement mutuel, tant humain qu’économique.
UN CONCEPT VOUÉ À LA RÉUSSITE
Économique ? Pour preuve, l’entreprise est aujourd’hui leader sur son marché. Sa croissance a de quoi impressionner : 90 000€ de chiffre d’affaires en 2005, 300 000€ en 2008, 600000€ en 2009, 1 million € en 2010. Avec son associé, Laurent et son mari David qui fait partie de l’équipe de dirigeants, Aude affronte les problèmes que peut rencontrer n’importe quel responsable dont l’entreprise est en phase de croissance. Comment se structurer pour absorber la croissance ? Faut-il recruter ? Quels outils ? Comment ne pas en arriver à dire non à un client par manque de ressources ? Comment garantir une même qualité de services ? Bref, comment grossir sans exploser ? Des problèmes de riches certes, mais des interrogations fortes pour nos trois dirigeants.
Que de chemin parcouru par Scène Expériences, créée en 2005 par l’incontournable Laurent Pewzner. Aude rejoint l’entreprise en 2007, comme « appelée» par son fondateur et metteur en scène d’alors. Chef d’entreprise, metteur en scène et adhérent du CJD. A cette époque, Laurent donnait des cours à Polytechnique et animait des sessions de team building pour de grands groupes. Ses prestations plaisent ; le modèle de l’entreprise se confirme. Aujourd’hui directrice des opérations, Aude s’occupe du recrutement et de la formation des comédiens qui rejoignent l’entreprise comme vacataires.
TRANSMETTRE
« L’important est de mettre en pratique dans l’entreprise ce que l’on enseigne, de développer l’écoute et de faire passer de l’énergie. L’important est aussi de faire vivre des valeurs comme la loyauté, l’engagement, l’exemplarité ». Trois dirigeants, cinq salariés, plus de quatre-vingts vacataires, une activité en plein boom : c’est le moment pour Aude de rejoindre le CJD. Depuis septembre dernier, elle a franchi le pas et rejoint la section de Paris. « Il me manquait des clefs. Grâce au CJD, j’apprends maintenant à penser comme un dirigeant, à prendre de la hauteur ».
Jean Cocteau affirmait qu’« une pièce de théâtre devrait être écrite, décorée, costumée, accompagnée de musique, jouée, dansée par un seul homme. Cet athlète complet n'existe pas. Il importe donc de remplacer l'individu par ce qui ressemble le plus à un individu : un groupe amical ». Dans l’entreprise aussi, le patron n’est pas un athlète complet. Il a besoin des autres, d’un groupe harmonieux à défaut d’amical, pour réaliser la stratégie qu’il a définie et asseoir la pérennité de l’entreprise. Tout l’art du patron réside dans la manière de véhiculer de l’énergie et des valeurs. C’est ainsi qu’Aude s’impose comme dirigeante. Que ce soit vis-à-vis de ses collaborateurs ou vis-à-vis de ses clients, comme ancienne professeure ou dirigeante d’entreprise, comme comédienne ou tout simplement comme femme, Aude affirme pleinement aujourd’hui sa vocation de toujours : transmettre.
Scène Expériences
· 1 million d'euros de CA en 2010, 90 000 en 2005, date de création de la société
· 5 salariés, dont 3 dirigeants (Laurent Pewzner et Aude associés, David Diano, Directeur du Développement)
· 80 comédiens-formateurs qui interviennent en free-lance
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La politique est le premier des arts et le dernier des métiers.







