Février 2012
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Epictète

Globalisation : « Nous sommes le système »
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Emmanuel Faber, directeur général délégué du groupe Danone

Dans cette table-ronde consacrée à la globalisation, Flore Vasseur, auteur de Comment j’ai liquidé le siècle, énonçait clairement les enjeux qui se posent à nous, en ce début de XXIe siècle : « nous avons tous pris conscience que le système actuel va dans le mur. Que peut-on faire individuellement en tant que citoyen, élu, entrepreneur, parent ? La question n’est pas de savoir pourquoi il faut agir, mais comment ? Nous sommes tous vulnérables face aux marchés financiers. Nous nous sentons tous dépossédés. Comment arrêter le système ? Et après, qu’est-ce qu’on fait ? La classe moyenne grossit mais est de moins en moins satisfaite. Depuis 30 ans, on vend la consommation comme une libération. On paie aujourd’hui ce mantra. On a tout confié aux chiffres, aux ratios, aux bas de tableaux. La globalisation a atteint ses limites Nous assistons à la juxtaposition d’une crise financière, économique, sociale mais aussi morale. Et c’est peut-être par la morale que nous allons retomber sur nos pieds. »

Flore Vasseur, écrivaine :


Le premier problème, en effet, pour Emmanuel Faber, directeur général délégué du groupe Danone, c’est que la globalisation est pensée, expérimentée sous un aspect uniquement économique, mais sans visée sociale : ce ne peut être que de la barbarie. A l’inverse, un raisonnement social sans visée économique serait une utopie.

Acquisitions inéquitables

Si elle est d’accord avec l’idée, Shirin Ebadi, (voir Entretien) Prix Nobel de la Paix 2003, trouve le mot « barbarie » trop belliqueux. Elle préférerait parler d’« acquisitions inéquitables ». La crise a vu des difficultés s’abattre sur un grand nombre, tandis qu’un tout petit nombre en tirait d’énormes bénéfices. Ainsi, commente-t-elle : « un chef d’entreprise américain a reçu 40 millions de dollars l’an dernier, pour récompenser une gestion permettant de baisser les coûts de l’entreprise, en ayant recours à des licenciements massifs ! Cet exemple est représentatif de ce qui s’applique aujourd’hui à l’échelle mondiale. La première cause de la crise que nous connaissons, c’est l’absence de justice sociale par l’acquisition inéquitable. C’est sur ce point que nous devons focaliser notre attention. »

Ce que confirme Emmanuel Faber : « on découvre enfin aujourd’hui par l’absurde que le but de l’entreprise n’est pas de maximiser les profits pour les actionnaires, y compris pour Danone. L’utilité d’une entreprise est ce qui fonde sa pérennité, ce qui inclut donc sa valeur sociale ! Si elle n’a plus de salariés, Danone s’arrête. Il faut réviser l’article 1832 du Code civil : “une entreprise est constituée par 2 ou plusieurs personnes décidant de mettre en commun leur bien ou leur industrie en vue de partager leurs bénéfices”. L’acte d’entreprendre a pour objectif juridique de réaliser des bénéfices. C’est le modèle de Milton Friedman qui donne le pouvoir aux actionnaires. Si on ne prend pas en compte les aspects humains de la globalisation, encore une fois, la barbarie n’est pas loin. Cette prise en compte des hommes doit s’inscrire dans les mécanismes de gouvernance ».

Écouter les pauvres

Il faut donc mettre en place un lobbying en direction du sommet de l’État et des grandes entreprises pour réviser la législation des entreprises. Emmanuel Faber évoque le discours fondateur de Danone de 1972, prononcé par Antoine Riboud : « il ne peut pas y avoir de développement et de richesse économique s’il n’y pas de développement social dans l’entreprise, et l’entreprise ne s’arrête pas à ses quatre murs ».« Il faut en conséquence tenter de changer le système, mais en ayant conscience que l’on n’est pas dans un système que nous serions impuissants à faire évoluer, mais que nous sommes le système, nous en sommes les acteurs. La main invisible n’existe pas, et les actionnaires sont comme chacun de nous. Ils ne doivent pas être le prétexte pour ne rien changer. Danone a défini la notion d’écosystème et d’empreinte emploi pour tous ceux qui dépendent principalement du groupe, entreprises et individus (coopératives, petits producteurs, fermiers, etc.) et dont nous sommes donc responsables. Et nous avons décidé de créer un fonds d’investissement pour aider ces membres de notre écosystème, en particulier pendant la crise. J’ai été personnellement voir nos actionnaires et j’ai discuté avec eux. Les 50 plus gros d’entre eux ont accepté un prélèvement de 100 millions de 100 millions d’euros sur leurs dividendes pour alimenter ce fonds. L’Assemblée général a approuvé à 98 % ! Il n’y a donc pas de fatalité du système. Mais il faut accepter de s’engager et de prendre des risques. »

En contrepoint, Alain Capo Chichi, Président du tout nouveau CJD Bénin, pouvait alors se demander quelle était la place pour l’Afrique dans cette globalisation économique ? « L’Afrique en est actuellement une victime. Au Bénin, on produit du coton, mais il est difficile de le vendre face aux autres puissances productrices qui subventionnent puissamment leurs propres agriculteurs. Les règles mises en place nous empêchent d’être compétitifs sur les marchés internationaux, car elles ne sont pas les mêmes pour tous. Si le monde est devenu un village planétaire, nous devons décider ensemble de ces règles et les appliquer dans le respect du pauvre comme du riche. Il faut mieux écouter les pauvres ! »

Alain Capo Chichi, président du CJD Bénin, chef d'entreprise :



Lionel Meneghin et Thibault Boutherin
Le 20-01-2011
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